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Historique du 67ème Régiment d'infanterie

HISTORIQUE

JMO

BATAILLES

Autour de Verdun en septembre 1914 (partie 1- partie 2)

Carte des combats au 10 septembre 1914

Journée du 25/09/1915 : début de la bataille de Champagne

 

 

 

TEMOIGNAGES

Verdun : Au 67e R.I.

 

C'est vers une heure du matin, le 21-6, que mon bataillon quitta le fameux tunnel du Fort de Tavannes, où il se tenait alerté depuis la veille pour se diriger vers la lisière du Bois Fulmin, à  la hauteur de la Batterie de Damloup, entre Vaux et Douaumont, à droite de la côte 304 en empruntant ce qui restait de boyaux, mais la plupart du temps, en terrain découvert. Nous succombions sous le poids des cartouchières et des musettes bourrées de grenades et de paquets de cartouches supplémentaires, sans compter le poids des deux bidons et du sac dont les courroies nous coupaient les épaules... Après les multiples péripéties que vous imaginez, allant du comique au dramatique, nous arrivions vers 3 heures sur la position qui nous était dévolue et sous un bombardement terrible, avec gaz asphyxiants et projections de liquides enflammés ; cette relève avait éveillé les Allemands malgré la précaution prise d'incurver le fourreau de baïonnette pour que celle-ci ne vibre pas, ne fasse pas de bruit. C'est avec une certaine ironie que l'on devait prononcer le mot « relève », car c'était en vain que l’on cherchait les camarades à relever ; la plupart étaient couchés à terre, gémissants, agonisants ; un défenseur vivant tous les 8 à 10 mètres et qui ne croyait plus à cette relève. Lorsque le jour se leva, je fus saisi de terreur en m'apercevant que la faible tranchée encore debout dans laquelle je me tenais accroupi était couverte de cadavres, entassés les uns sur les autres, les uns sans tête ou sans jambes, ou les deux a la fois. On aurait cru des ballots ficelés dans du drap, gonflés, enchevêtrés les uns dans les autres d'où coulait une pourriture mélangée de sang et de terre et qui exhalait une odeur fétide. Le sol, à la hauteur de ce qui fut jadis le parapet, n'était que cadavres ou débris de corps humains entassés comme s'ils avaient voulu tomber la pour nous protéger... et c'est sur cet immonde charnier que, depuis 3 heures du matin, recroquevillé, le genou en terre, j'attendais avec mes camarades le signal d’une attaque allemande, que nos officiers prévoyaient depuis notre arrivée et qui, d'après les dernières prévisions de l’Etat-Major allemand, devait nous anéantir.

 

Cette dernière ne devait pas se faire attendre, et vers 8 heures du matin, nous recevions l'ordre de mettre « baïonnette au canon ». Environ une heure après, alors que nos pertes étaient déjà très importantes, par suite d'un bombardement d'une intensité inouïe, nous voyions s'avancer sur nous la première Division de la Garde Impériale (Division d'élite), dont une partie était porteur d'appareils à liquides enflammés dont nous étions arrosés... C'était mon premier combat à l'arme blanche... contre un ennemi dix fois supérieur en nombre. Plus une goutte de salive dans nos gorges desséchées et  brûlantes depuis plus de 48 heures (car c'est de la soif dont nous avons aussi terriblement souffert), tout y avait passé, l’alcool de menthe pur, 1a gelée prélevée sur les boites de singe (celui-ci laissé pour compte). La fièvre nous agitait et nous conduisait au délire, certains camarades allant jusqu'à boire leur urine.

 

Après avoir repoussé par trois fois de formidables vagues d'assaut qui essayaient en vain de nous refouler, les éléments de notre droite et de gauche étaient écrasés. Notre glorieux régiment refusa d'abandonner le terrain, refoula l’ennemi, et bientôt, les unités voisines reconstituées parvinrent à rétablir la liaison. Grâce au 67, la ligne était conservée intégralement. Le 23, les vagues d'assaut allemandes se ruèrent de nouveau sur nos lignes, avec une fureur extraordinaire, non seulement elles échouèrent, mais encore en les refoulant à la baïonnette, le régiment progressa de 150 mètres. Nous avions laissé sur le terrain 14 officiers, 1.842 hommes, sans compter plus de 200 disparus ». 

 

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