Vous faites votre généalogie, retrouver leur parcours de vie pendant les guerres, à travers leur métiers, etc...
D'après le carnet de C h a r l e s G u i l b e r t
L I V R E T D E C A M P A G N E
G U E R R E 1 9 1 4 - 1 5 - 1 6 - 1 7
Ayant été opéré d'une hernie le 3 juillet 1914 à l'hôpital de Chateaudun, il me fut accordé une convalescence de 15 jours. Je rentrai au dépôt le 2 août et vu que mon état de santé ne permettait pas mon départ pour le front, je suis resté au dépôt jusqu'au 2 octobre 1914.
Je suis parti le 2Obre pour le front et ai rejoint le 1er chasseurs le 4 au Quesnoy dans le Nord. Ayant pris contact avec l'ennemi dès notre arrivée, nous fûmes contraints de battre en retraite. J'appartenais au 2ème Escadron commandé par le capitaine de Kérautem.
Ayant tenu une barricade à l'entrée de Richebourg L'Avoué, l'ordre nous fut donné de monter à cheval afin de nous replier sur la Coûture. Le capitaine nous fit marcher en colonne par quatre. Je fus désigné comme éclaireur.
En sortant de Richebourg, nous fumes pris dans une embuscade par l'ennemi qui nous tirait par derrière. Le capitaine commanda de mettre sabre à la main et nous primes le galop. Ce fut un désordre complet, car à ce moment l'ennemi ayant profité de notre recul nous tirait de flanc.
Nous arrivions à la jonction de la route de la Coûture que nous devions prendre mais ne sachant quelle direction prendre, les uns se dirigèrent sur la Coûture et d'autres suivirent la route qui se prolongeait vers Neuve-Chapelle.
Il en fut ainsi de même pour moi. Mais l'ennemi cherchait à nous encercler. J'arrivai donc fâce à fâce avec lui. A l'entrée d'une cour une mitrailleuse était braquée. Je fus blessé par une balle à l'index de la main gauche ainsi qu'à la hanche gauche. Mon cheval fut blessé également. Je n'étais pas à plus de 20 mètres des Allemands lorsque je fus blessé. C'était le 11 octobre.
Un moment je devins fou car j'étais mis en joue par les Allemands. Je me voyais perdu car il m'était impossible de disparaître. Mais reprenant mon sang froid je descendis de cheval, jetai mes armes et restai immobile sur le sol. Les Allemands accoururent vers moi, et m'emmenèrent avec eux dans une ferme. J'étais fait prisonnier. La ils m'étendirent sur de la paille.
Je leur donnai mon paquet de pansement qu'ils me mirent au doigt, et un major me pansa ma blessure à la hanche. Ils me demandèrent de quel régiment j'appartenais. Je leur fis comprendre 1er Chasseurs à cheval. Je leur montrai l'écusson du régiment, et eux me dirent qu'ils faisaient partie de Chasseurs Cyclistes. Ils me demandèrent ma plaque d'identité que je leur donnai et qu'ils me rendirent. Ils m'offrirent un cigare et des poires. Je les remerciai. J'étais encore sous le coup de l'émotion et je me demandais quel partie ils allaient tirer de moi.
Tout à coup l'artillerie qui se trouvait sur la Coûture se mit à tonner sur nous. A ce moment les Allemands disparurent sans que j'en ai aperçue. Ils m'avaient transporté dans une ferme, et placé sur de la paille devant la porte d'une écurie.
Craignant le danger je rampai dans l'écurie, et la porte était ouverte. Il y avait une cheval appartenant aux fermiers. La pauvre bête était affolée à tout briser, et se cabrait. Mais il se trouvait un grand espace entre lui et moi. Je ne croyais pas d'être attrapé par lui. Je restai donc accroupi contre le mûr.
J'étais désespéré car la canonnade redoublait de rage ainsi que nos mitrailleuses. Et les obus ainsi que les balles venaient tomber sur les maisons voisines de la ferme ou j'étais abandonné. Et quand arriva la nuit je m'endormis en sanglotant en attendant que quelque âme charitable vienne me délivrer.
J'étais résigné à tout supporter. Je pensai à mes parents à toute ma famille et amis car je voyais mon dernier moment arrivé. Mais l'heure n'était pas arrivée. Je ne me réveillai que le lendemain de grand jour.
La canonnade avait cessé. Mais j'attendais un bruit et il m'était impossible de me rendre compte d'ou ce bruit provenait. Je m'avançais très doucement sous une remise craignant d'y retrouver encore les Allemands. J'ouvrai la porte. Là je me trouvai en présence de mon cheval qui était mort et resté étendu sur le sol. J'avançai le long du mur et j'aperçus beaucoup de chevaux qui étaient blessés et restés dans la cour tout harnachés. Je revint sur mes pas et rentrai dans la maison.
Je pris un bol que je trouvai, car je m'appretais à tirer les vâches qui étaient restés dans l'étable, car la fièvre s'était emparée de moi. Mais je pris les pauvres bêtes en pitié, car elles beuglaient. Elles n'avaient pas eu à manger la vieille. La grange se trouvait ouverte. Je pris une botte de paille que je leur donnai. Je m'appretais à les tirer lorsque tout à coup la fermière apparut.
Je lui racontai ce qui venait de m'arriver et elle me prit en pitié. Elle me fit asseoir dans sa maison, alluma du feu et me fit chauffer du café qu'elle me donna avec un peu d'eau de vie pour me réchauffer, et ensuite elle tira ses vâches et me donna un bol de lait.
Une autre femme survint. Elle faisait partie de la croix roûge. Elle me dit qu'elle allait me faire rappatrier par le maire. Je me voyais donc sauvé. Elle disparut et je restai dans l'attente.
Tout à coup la fermière qui faisait le travail de sa bassecour revint affolée me disant qu'il ne fallait pas que je reste dans sa maison, qu'elle venait d'apercevoir une patrouille de hulands, et qu'elle craignait de nous faire fusiller tous les deux.
Je ne cherchai pas à insister une seconde. Je sortis de la maison et allai me cacher derrière une petite remise que la brave femme m'indiqua. Elle me mit de la paille et des planches sur moi afin que je fus invisible.
Que s'est-il passé à ce moment je ne saurais que trop le dire. J'ai attendu un bruit sur la route mais je n'apercevais rien. Ce ne fut qu'au bout d'une demi-heure environ qu'une section d'Anglais passa sur la route mais ne connaissant aucune langue étrangère il me fut impossible de savoir si c'était Anglais ou Allemands. Ils avançaient sur Richebourg et obliquèrent sur leur gauche ce qui me permit de les distinguer.
Me voyant hors de danger, je sortis de ma cachette. A ce moment, une section passait sur la roûte. Je m'avançais vers eux. Un Officier Anglais m'interrogea et détacha deux hommes de sa section qui me conduirent à leur ambulance en m'aidant à marcher. Nous avions à peu près deux kilomètres de marche à faire pour nous rendre à Neuve-Châpelle, là où se trouvait leur ambulance.
En rentrant dans la première pièce, une spectacle horrible m'apparut sous les yeux : un huland blessé aux reins agonisait sur de la paille. Deux enfants entrèrent, ils apportaient leur pauvre mère sur une petite voiture à bras : la pauvre femme était blessée aux deux jambes par des éclats d'obus.
Je rentrai dans la seconde pièce. Un chasseur cycliste faisant partie du 4ème Groupe était couché dans un lit. Il était blessé par une balle dans le ventre. J'avançai près de lui et je lui demandai s'il désirait quelque chose. Il me demanda d'ouvrir la fenêtre car il étouffait, et de l'eau : la fièvre le dévorait. Nous étions dans une maison ou l'artillerie Anglaise était placée dans la cour. A chaque coup de canon, la maison tremblait.
Les Anglais me donnèrent à manger et me firent un pansement. Je me couchai ensuite sur un lit et la nuit, l'on nous emmena dans des ambulances. L'on fit une hâlte et on nous lit dans une maison pour faire nos pansements de nouveau. Et l'on nous donna à manger. Aussitôt mangé l'on reprit les ambulances et l'on nous dirigea vers Béthune, Pas-de-Calais, dans un collège qui servait d'hôpital aux Anglais. Là j'ai fait la connaissance d'un aumonier Anglais qui avait le grade de Colonnel, et avec lequel j'ai correspondu longtemps. Je restai donc du douze au quinze (octobre 1914) à cet hôpital.
J'ai ensuite été dans un hopital auxiliaire : L'Union des Femmes de France. J'y suis resté jusqu'au 9 novembre. L'on nous évacua car nous étions trop près du front et la ville de Béthune était bombardée. Je changeai de nouveau d'hopital et je fus dirigé dans la Gironde ou j'arrivai le treize novembre. Je fus placé au Grand-Hôtel d'Arcachon, hôtel confortable qui était transformé en hôpital. C'était une jolie petite ville d'eau fréquentée par les baigneurs l'été et assez agréable l'hiver. Je suis resté dans cet hôpital jusqu'au vingt-sept janvier 1915.
Je fus dirigé sur le dépôt des Convalescents de Bordeaux, caserne Fauché. Je suis resté deux jours et le 29, je suis parti en permission de sept jours. J'ai rejoint le dépôt à Chateaudun le six février. Je suis resté au dépôt jusqu'au 11 Mai et comme ma blessure me gênait, je fus mis inapte à retourner au front. Le major me proposa pour deux mois de convalescence. Je partis au dépôt de convalescents d'Abeville-Chartres ou je restai deux jours. Les deux mois de convalescence m'ayant été accordés par le médecin chef, je suis parti le 13 (février 1915).
J'ai ensuite rejoint le dépôt à Chateaudun le 14 juillet et j'y suis resté jusqu'au trente octobre.
Je suis reparti pour le front le 30, et ai rejoint le 1er Chasseurs à Fontaine dans la Marne le 2 novembre. Je fus placé au 4ème Escadron, commandé par le capitaine commandant De Loing-du-Houllay qui me désigna comme cuisinier.
Nous avons tenu un secteur dans la Marne neuf mois près de la ferme de la Marquise, dont je suis allé six fois :
- 1ère du 7 Novembre au 20,
- 2ème du 25 décembre au 4 Janvier (1916),
- 3ème du 3 février au 13,
- 4ème du 13 Avril au 23 passé cinq jours aux
travailleurs à Billy-le-Grand,
- 5ème du 19 Avril au 3 Mai passé cinq jours aux travaileurs à Tuisy,
- 6ème du 28 Mai au 13 Juin.
Parti de Fontaine le 8 Juillet (1916) à 3 heures de l'après-midi, embarqué à Epernay à 5 heures 1/2, débarqué à Gannes le 9 à 10 heures du matin et cantonné à Montreuil-sur-Brêche jusqu'au 15 Juillet.
Parti à 6 heures du matin et arrivé à 12 heures à Francastelle.
Parti le 23 Juillet à 7 heures du matin, cantonné à Fouquenies à 6 Ktres de Beauvais (Oise).
Parti en permission de six jours le 7 Août, et rejoint le 4ème Escadron au Becquet (Oise) le 17.
Parti le 18 pour cantonner à St-Léger-en-Bray (Oise).
Parti le 28 et cantonné au Becquet.
Parti le 1er Septembre et cantonné à St-Paul.
Parti le 4 ; fait une étape de 35 Ktres ; cantonné à Campremy (Oise).
Parti le 5 ; fait une étape de 15 Ktres et cantonné à Haudevilliers.
Parti le 28 Sbre; fait une étape de 20 Ktres et cantonné au Becquet.
Parti le 17 novembre, fait 5 étapes d'environ 35 Ktres chacune :
1ère: cantonné à Friancourt hameau de Hermès et parti le 18 ;
2ème: cantonné à Ceujy et parti le 19 ;
3ème: cantonné à Oissery et parti le 20 ;
4ème: cantonné à Coulombes et parti le 21 ;
5ème: cantonné à Trugny hameau d'Epieds (Aisne).
Parti le 30 Novembre en permission de sept jours et rejoint à St Aulde (Sne-et-Marne) le 11 décembre.
Parti le 9 Janvier (1917), fait une étape de 15 Ktres, cantonné à Vinly.
Parti le 11 pour prendre les tranchées et arrivé le soir-même à Soissons.
Passé 2 jours, 2ème ligne, à la caserne de Soissons.
Passé 2 jours, 1ère ligne, faubourgs de Soisson.
Et 3 jours retourné 2ème ligne à la caserne.
Relevé des tranchées dans la nuit du 18 au 19 janvier.
Fait 8 Ktres à pied pour prendre le tortillard à Noyan.
Changé de train à Oulchy-Brèny et descendu à la Ferté-sous-Jouarre, et pris les autos pour nous rendre au Theil, hameau de Coulommiers le 19.
Et parti du Theil le 1er février, fait une étape de 25 Ktres et cantonné à Gatins (Sne-et-Marne ).
Parti le 2, fait une étape de 15 Ktres et cantonné à Sigy.
Parti de Sigy le 25 février en permission de 7 jours et rentré le 6 Mars à Sigy.
Parti de Sigy le 8, fait une étape de 40 Ktres et cantonné à Ferreux.
Parti le 9, fait une étape de 40 Ktres et cantonné à Champigny (Aube).
Parti le 10, fait une étape de 35 Ktres et cantonné à Donnemen.
Parti le 22 mars, fait une étape de 45 Ktres et cantonné à Vouarces (Marne).
Parti le 8 Avril, fait une étape de 20 Ktres et cantonné à Gayes.
Parti le 9, fait une étape de 25 Ktres et cantonné à Andecy.
Parti le 12, fait une étape de 30 Ktres et cantonné à Bourseault.
Parti le 13, cantonné à Poilly dans des baraquements 2 jours et le troisième cantonné sous nos tentes par la pluie et la neige.
Parti le 16, fait une étape de 15 Ktres et cantonné au camp de Bourgogne sous le plateau de Craonne, bivouaqué sous nos tentes par la pluie.
Parti le 17 pour revenir à Poilly, même cantonnement.
Parti le 18 et cantonné à Verneuil.
Parti le 21 et cantonné à Bourseault.
Parti le 24 et cantonné à Grauves.
Parti le 25 et cantonné à Givry-les-Loisy.
Parti le 26 et cantonné à Marigny.
Parti le 26 mai en permission de 7 jours et rentré le 6 juin à Marigny.
Parti le 7 pour les tranchées, embarqué en camion pour nous rendre à la Fère-Champenoise, ensuite pris le train jusqu'à Germaine, fait une marche de 12 Ktres pour cantonner à Ludes.
Parti le 8, fait une marche de 8 Ktres pour cantonner à Sillery du 9 au 21, à trois Ktres des 1ères lignes. Bombardé tous les jours pour faire la cuisine.
Relevé des tranchées dans la nuit du 21 (juin 1917) pour nous rendre à Germaine, étape 20 Ktres.
Pour faire la soupe, pris le train à 9 heures et arrivé à la Fère-Champenoise à 4 heures, pris les autos pour nous rendre à Marigny le 22.
Parti de Marigny le 25 Juillet, fait une étape de 30 Ktres, cantonné à Villeseneuse.
Parti le 26, fait une étape de 25 Ktres et cantonné à Matouques.
Parti le 27, fait une étape de 20 Ktres et cantonné au Camp National de Mourmelon-le-Grand.
Parti le 2 Sbre, fait 3 Ktres pour cantonner au camp Tarmann.
Parti le 4 et revenu au Camp National.
Parti en permission de 7 jours le 6 Sbre, rentré le 17.
Parti le 23 et cantonné à Ay.
Parti le 24 et cantonné à Cuchery.
Parti le 30 et cantonné à Fleury-la-Rivière.
Parti le 14, fait une étape de 20 Ktres.
A cantonné à Jouy-les-Reims.
Parti le 22 Nbre pour dix jours aux tranchées à Courcy et rentré le 2 Dbre à Jouy-les-Reims.
Parti le 13 et rentré le 26 à Méry-Prémecy.
Parti le 8 Jer (1918) pour dix jours aux tranchées à Courcy et rentré le 18 à Mery-Prémeoy.
Parti le 19 Février, fait une étape 20 Ktres et cantonné à Lagery.
Parti le 24, fait une étape de 20 Ktres et cantonné à Merfides.
Parti le 25 pour prendre les tranchées à Courcy. Passé 9 jours et retourné au cantonnement à Léry.
Parti de Léry le 29 mars, cantonné à Pommiers.
Parti le 30 et cantonné à Rethonde.
Parti le 4 Avril et cantonné à Margny-les-Compiègne.
Parti le 6 et cantonné ferme de Bayencourt.
Parti le 11 à Minchy.
Parti le 22 à Lachelle.
Parti de Lachelle le 27 Mai en permission de dix jours.