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LE 14 JUILLET

LE 14 JUILLET

 

1790-1791

 

 

Le premier anniversaire de la prise de la Bastille donne lieu, dans toute la France, à une vague de fête fédérative. Dans le Dauphiné, il donne lieu à une nouvelle vague de fête fédératrice, plus élaborée que celle de l’Etoile, où il n’y avait pas de décor, ni d’autel de la Patrie, mais plus intime qu'aux Crottes, puisque les rassemblements sont plus petits, ce qui n’est pas le cas à Lyon ou à Besançon, où ces fêtes sont synonymes de grands rassemblements. Celle du 14 juillet 1790 à l’Etoile, où du 14 juillet 1791 à Gap, répondent déjà à un programme copié sur les fêtes déambulatoires religieuses auquel on mêle des pratiques profanes comme l’illumination, qui est aussi beaucoup utilisée à Bourg en Bresse, mais aussi un repas fraternel et des farandoles. “ A 4 heures du matin, la milice a fait battre la générale, et à neuf heures, l’assemblée et le rappel. La troupe rangée en bataille sur la place d’armes, on envoya chercher le drapeau ; et de suite, il fut député une garde d’honneur à la municipalité réunie à l’hôtel de ville, qui s’y rendit et vint se placer dans le centre du bataillon. Tout étant prêt, le colonel ayant ordonné la marche, les gardes nationales se sont mises en mouvement dans le plus grand ordre, avec MM les membres du conseil général, et se sont rendues au champ de l’Union où l’on avait dressé un autel ”.

 

 

A partir de 1791, le but de ces fêtes de la Fédération est légèrement différent. Le but recherché est l'union entre gardes nationaux et l'armée, plus que communion et communication avec les citoyens. La fête du 14 juillet 1791 à Gap, l'administration du département réuni à Gap "les députés des gardes nationales des communes du département"[1]. Réunis à l'hôtel de ville, les détachements se mettent en route pour se rendre sur la route de Provence où à lieu le rassemblement général. Le cortège, composé des corps administratifs, de la municipalité et du tribunal, se rend au milieu de la troupe. A Grenoble, le même jour, la fête est organisée pour l'armée, les civils en sont exclus, sauf les gardes nationaux qui ont demandé et obtenu "de participer à cette auguste cérémonie"[2]. A Grenoble, grâce à la présence d'une dépôt de poudre, le début de la fête est marqué par la sonnerie des cloches mais aussi par le bruit du canon. Ces fêtes tendent à se politiser, surtout à Grenoble, où elle s'adresse, hormis les soldats, "aux hommes libres dans Grenoble" et pas "aux peuples esclaves" qui ne peuvent en jouir.

 

 

C’est lors de ces fêtes que se généralise l'apparition des premiers autels de la Patrie. Celui du camp des Crottes a quatre faces recouvert d'un dôme appuyé sur 4 sapins. Celui de l’Etoile à quatre faces, vingt pieds de haut, surmonté d’un dôme de trente pieds, orné de feuillage, guirlandes et devises. Celui de Grenoble, le 11 avril 1790, est à double face, couvert d'un baldaquin à colonnes ioniques ornés de guirlandes blanches, rouges et bleues et de verdure.

 

A partir de 1790, toutes ces fêtes ne sont plus statiques mais déambulatoires, comme celle de Grenoble ou de Gap du 14 juillet 1791. Elles empruntent un itinéraire précis afin de démontrer la puissance mobilisatrice de la Révolution. Le cortège de la fête de la Fédération du 14 juillet 1791 de Gap "marche …par les principales rues de la ville"[3] tandis que celui de Grenoble, à la sortie de la mairie, le cortège passe par la rue du Quai, le pont de pierre, le chemin de la Porte de France pour arriver à l'Esplanade.

 

 

Durant ces fêtes, on lie désormais le clergé au mouvement, puisqu’une messe est généralement célébrée en plus du serment qui est beaucoup plus martial, civique, unilatéral et déjà beaucoup moins emprunt de l’amour au Roi : “ prêtons le serment...d’être fidèles à la Nation, à la Loi et au Roi ; de vivre libre et de mourir libres ; de verser s’il est nécessaire, jusqu'à la dernière goutte de notre sang pour le service de la Patrie et l’exécution des décrets de l’Assemblée nationale. Faisons aussi le serment de regarder tous les français comme nos frères et enfants d’une même famille ”.

 

 

Avec la déclaration de guerre, les actions révolutionnaires donnent lieu à de grandes réunions populaires, telle la fête du 24 août 1792 à Grenoble, rendue en l'honneur des victimes du 10 août. La sonnelité est de rigueur. Une pyramide couvert d'une drap noir constellé d'une multitude de larmes d'argent, remplace l'autel au centre de la fête. La cérémonie commence lorsque la nuit est tombée. L'heure est ainsi plus propice à accentuer l'effet de la mise en scène. La pyramide est éclairée sur ses tranches par des lampions et à ses quatre coins brûlent des urnes funéraires. Ces nouvelles fêtes constituent un enjeu politique et une démonstration idéologique dans la mesure où elles rassemblent une masse de citoyens.

 

 

Mais avec le déroulement des événements politiques intérieurs, en 1793, le rythme des fêtes révolutionnaires se ralentit jusqu'à devenir nul. Il faut attendre la prise de Lyon pour voir les premières fêtes révolutionnaires de masse.

 



[1] Fête de la Fédération de Gap, 14 juillet 1791. A.C. Gap B.B. 81.

[2] A.D. Isère L65.

[3] Fête de la Fédération de Gap, 14 juillet 1791. A.C. Gap B.B. 81.

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