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Les fêtes révolutionnaires sont un moment fort de l’histoire de la Révolution. Non seulement car c’est un moment de communion et d’union, mais aussi car elle associe le passé et le rêve, elle réactualise les mythes et contribue à la régénération révolutionnaire. Les fêtes révolutionnaires évoluent avec le fil des événements. Des fêtes de la Fédération des débuts de la Révolution, aux fêtes populaires de l’an II et aux fêtes étatiques du Directoire, le système festif est une partie intégrante de la pensée révolutionnaire dans ses applications matériels, comme le sont aussi les arbres de la libertés, les chants et la symbolique.
LES FETES REVOLUTIONNAIRES,
1789-1790
"La fête révolutionnaire est une manifestation explicitement civique…dont la fonction est double : édification révolutionnaire des masses, manifestation de la puissance de la Révolution"[1] nous dit Claude Mazauric. Valable à Rouen cette définition sied parfaitement au Dauphiné où les fêtes révolutionnaires et parmi elles les fêtes de la Fédération, sont les temps forts de la puissance visuelle patriotique. Le mouvement des fêtes fédératives en France prend naissance en Dauphiné, sur la proposition du commandant des Gardes Nationales de la Voulte et de l’ancien président du tribunal de la sénéchaussée de Montélimar. La première fête de la fédération à lieu le 29 novembre 1789 dans la plaine de l’Etoile au sud de Valence. Elle rassemble les représentants des gardes nationales de 20 communes, représentants 12 650 citoyens. Dès lors, en Dauphiné, comme ailleurs, le mouvement se précipite. De nouvelles fêtes de la fédération ont lieu à Montélimar, le 13 décembre, à Dieulefit, le 27 décembre, à la Voutle, le 29 décembre, à Valence, le 3 janvier 1790, à St Marcellin, le 2 février, à Romans, le 14 février, à Privas, le 28 février, à Grenoble, le 11 avril et au camp des Crottes, le 20 avril.
Moment d'union, la fête est aussi un moyen de communication extraordinaire, notamment lors des fêtes de la Fédération. La prestation de serment est un moment intense qui doit marquer les esprits. Celui prêté à l’Etoile, dans un appareil très simple, puisqu’il n’y a que les bataillons réunis autour de leurs drapeaux, le 29 novembre 1789, est symptomatique de cette volonté d’unité nationale : “ nous citoyens français de l’une et l’autre rive du Rhône, depuis Valence jusqu'à Pouzin, réunis fraternellement pour le bien de la cause commune, jurons à la face du Ciel, sur nos coeurs et sur ces armes consacrées à la défense de l’Etat, de rester à jamais unis, abjurant désormais toute distinction de province, offrant nos bras, notre fortune et notre vie à la Patrie et au soutien des lois émanées de l’Assemblée nationale ; jurons d’être fidèles au Monarque qui a tant de droits à notre amour ; jurons de nous donner mutuellement toute assistance pour remplir des devoirs aussi sacrés, et de voler au secours de nos frères de Paris ou de toutes autres villes de France qui seraient en danger pour la cause de la Liberté ”. Dès lors l’unité, scellée par le serment, prend forme avec l’adoption d’une correspondance régulière et suivie entre tous les corps présents.
Il faut attendre le mois d’avril 1790, pour que la première fédération de Gardes Nationaux des Hautes Alpes ait lieu en Dauphiné du sud, au camp des Crottes. Cette fédération des Gardes Nationales, tant fantassins que cavaliers, des Hautes Alpes, représentant le Sud Dauphiné, représente alors 3 231 hommes représentant plus de 30 000 gardes nationaux de 103 communes. Ces premières fédérations, hormis la prestation de serment, n'ont pas de programme festif établi : aux Crottes, près d'Embrun, la cérémonie commence par un coup de canon et après des discours et de la musique a lieu une messe. A l'Etoile, le programme est tout autre et le religieux n'a pas de place. Aux Crottes il y a un autel dans un décor naturel tandis qu'à l'Etoile il n'y a que les drapeaux des Gardes Nationales.
[1] MAZAURIC (Claude) : “ La fête révolutionnaire manifestation de la politique jacobine, Rouen, 1793 ” in Les fêtes de la Révolution. Colloque de Clermont Ferrand, Paris, Société des Etudes Robespierriste, 1977.