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Le sacre de Napoléon 1er en Rhône Alpes

Le 2 décembre 1804, l’église Notre-Dame de Paris résonne d’une cérémonie fastueuse, organisée par Portalis et Bernier. Ce sacre, faisant de Bonaparte, l’Empereur des Français, vise à affirmer sa légitimité face à Louis XVIII, émigré en terre ennemie et réclamant le trône de France après la déchéance de Louis XVI. De plus Napoléon cherche non seulement à renouer avec certains aspects des vieilles lois fondamentales de l’ancien royaume de France mais aussi, et surtout, à assurer la préservation des acquis de la Révolution Française, dont il devient l’héritier mais dont les bases restent fragile.

 

 

 

                Le sacre de Napoléon est une cérémonie en deux parties ; d’une part la cérémonie elle même et d’autre part les engagements de l’Empereur des Français vis-à-vis de ceux qui l’ont porté sur le « trône républicain », les français. La cérémonie rassemble autour de la personne de Napoléon l’ensemble des corps diplomatique, de la cour, des assemblés et des représentants des bonnes villes de France. Le Pape est présent. La cérémonie est organisée autour d’une messe, d’un Te Deum de Paisiello, de motets de Lesueur et d’un vivat de l’abbé Roze. La seconde partie, réunie l’empereur des français aux représentants du peuple, auprès des quels il s’engage à maintenir l’intégrité du territoire de la République Française, de faire respecter l’égalité des droits, les libertés politique, civile et cultuelle, ainsi que l’irrévocabilité de a vente des biens nationaux. De même l’Empereur s’engage à ne lever des impôts nouveaux qu’en vertu de lois. Il n’y aura pas d’absolutisme, la souveraineté de la République reste aux mains des députés du peuple. En contre parti, les délégués des français prêtent serment de fidélité au nouveau souverain de la France.

 

 

 

Les députations de Gardes Nationaux

 

                Afin de préparer les cérémonies, et surtout de présenter ses engagements au peuple français, le 20 thermidor an 12, le bureau de l’administration générale de la 1ère division du ministère de l’intérieur informe le préfet de l’Ain de la décision de Napoléon d’avoir une députation de Garde Nationale du département présente à Paris pour la cérémonie du couronnement. Cette disposition, prévue par l’article 7 du décret impérial du 21 messidor an XII, ordonne à chaque département d’envoyer une telle députation à Paris. Ces députations, hormis leur présence au sacre, devront prêter serment de fidélité et d’obéissance à l’Empereur, et recevront un drapeau des mains de Napoléon. Ne pouvant pas suivre le mode de députation de Garde Nationale prévu par la loi du 10 juin 1790, du fait du manque d’organisation de Gardes Nationales dans plusieurs départements, le nombre de députés est déterminé par l’Empereur. En effet, l’Empire naissant ne veut pas renouer avec les fastes des fêtes de la Fédération révolutionnaire, opte pour un règlement plus simple et plus prompt. Les députations de gardes nationaux des départements, seront toutes composées de 16 hommes (8 fusiliers ou grenadiers, 4 sous-officiers et 4 officiers) et un drapeau. Le choix des hommes à députés est fait en raison de la répartition de population par arrondissement. Ce sont les maires qui choisissent les députés et qui adressent un procès-verbal , via le sous-préfet, au préfet. Chaque député devra s’équiper et s’habiller à ses frais, afin de se réunir au chef lieu du département pour être rendu à Paris avant le 10 brumaire. Si l’habit uniforme est similaire à celui des Gardes Nationaux Volontaires de 1791, le drapeau lui est du modèle des troupes de ligne, réglé par l’arrêté du 3 thermidor an 6, avec la mention « Garde Nationale du Département de l’Ain ». A Lyon, le préfet du Rhône, mandate un commissaire pour se rendre à Marseille acheter le drapeau et s’en charge aussi  pour d’autres départements du centre de la France. A Lyon, le drapeau reçoit les anciennes cravates.

 

 

 

La députation de l’Ain : une mise en place réglementaire

 

                Le 19 vendémiaire an XIII, le préfet de l’Ain transmet à M. Aillaud la lettre du ministre du 20 thermidor an 12 ainsi que 190 francs. Après avoir reçu l’instruction du ministre, le préfet de l’Ain réparti le contingent entre les 4 arrondissements du département et prévient les sous-préfets de Nantua, Belley et Trévoux, le 3 fructidor an XII, le préfet de l’Ain, des dispositions du

 

1ère division de la Préfecture se soucis de faire fabriquer un drapeau et s’adresse à la boutique « l’épaulette d’or », 19 place de la Comédie à Lyon, afin d’obtenir un devis pour la fabrication du drapeau. Le 12 fructidor, le devis est envoyé. La confection du drapeau est estimée à 150 francs sans les cravates. En effet, ces dernières étant un objet de luxe destinées à enrichir le drapeau, elles peuvent être évalués de 200 à 500 francs. Désirant parer la députation de l’Ain, 1er département de France, d’un superbe drapeau, le préfet choisit le plus chère, avec cravates, glands or et broderies dorées.

 

               

 

L’arrondissement de Bourg n’ayant pas de sous-préfecture, c’est le préfet, le 16, qui prévient le maire de Pont-de-Vaux, sans doute en hommage au général Joubert, et le maire de Bourg, que leurs communes sont désignées pour la désignation des députés de l’arrondissement de Bourg. A Nantua, le maire affiche durant 3 jours la proclamation du préfet sur la députation de l’Ain à Paris. Là, la désignation est volontaire. Ceux qui désirent faire partie de la députation s’inscrive à la suite de la proclamation et leur candidature est examinée par le sous-préfet et le maire de Nantua. Le 16, ils nomment les deux députés de la ville de Nantua. Le lendemain, Berthier, ministre de la Guerre, pressé par l’étiquette, rappelle au préfet de l’Ain, que les députations de gardes nationaux devront bien être à Paris entre le 10 et le 13 brumaire. Afin d’être sûr du départ de la députation de l’Ain dans les temps, il envoie un ordre de route qu’il demande à être effectif à partir du 23 vendémiaire. L’indemnité de voyage

 

est fixée à 5 francs par jour par députés. L’anxiété de Berthier, éternel bras droit de l’Empereur et organisateur de l’état-major impérial, est alors justifiée. Si le sous-préfet de Belley fait parvenir le nom de ses députés le 23 fructidor an 12, ce n’est que le 12 vendémiaire an 13 que le sous-préfet de Trévoux, malade, fait parvenir en catastrophe, par la gendarmerie le nom de ses députés.

 

                Dès le 7 vendémiaire, de Coninck, nomme officiellement les 12 premiers députés des gardes nationaux de l’Ain, dont 7 militaires et le maire de Dommartin, Martin, choisi personnellement par lui. Un des députés de l’arrondissement de Bourg, Armand, l’est sur recommandation du général Valette, commandant militaire du département. Soucieux d’obéir aux ordres de Berthier, de Coninck demande aux sous-préfets de Belley, Trévoux et Nantua, ainsi qu’aux maires de Bourg, Dommartin et Pont-de-Vaux, le 9, de faire préparer et marcher sur Bourg les députés pour le 21 vendémiaire.

 

                Tous les députés ne sont pas des retraités ou des civils. Beaucoup sont d’anciens militaires qui ont servis durant la Révolution, peu sont chevaliers de la Légion d'Honneur. Malheureusement pour Armand, qui est toujours militaire, quelques jours avant la réunion à Bourg, il n’a pas reçu de congé pour s’absenter de son régiment. Ne désirant pas priver quelqu’un qui désirait aller à Paris, il renonce à faire partie du détachement et en informe Valette, qui le 11 vendémiaire, l’excuse auprès de Coninck. Le 17 vendémiaire, un deuxième désistement parvient à de Coninck. Il s’agit du maire de Dommartin qui décline avec regrets l’offre du préfet pour des raisons de santé. Le 16, de Coninck ressort des archives l’instruction de 1791 sur l’uniforme des gardes nationaux. Les députés du sacre de Napoléon auront la même tenue que les vainqueurs de Valmy, des Tuileries, de Jemmapes ou Fleurus ; celle des gardes nationaux de la République. Arrivés à Paris, les Gardes Nationaux sont casernés à Meaux.

 

A ces députés se joignent des membres des autorités constituées du département, sur invitation, le 4 brumaire an XIII. Ces derniers doivent être rendus avant le 7 frimaire, afin de faire connaître leur existence.

 

 

 

La députation du Rhône : une mise en place sous pression

 

 

 

         Si dans l’Ain, les constitutions et le déplacement des différentes députations pour Paris se font dans un calme rigide, dans le Rhône, il en est d’une toute autre manière. Si le Rhône envoie 18 députés des corps constitués avec à leur tête le cardinal Fesch, la formation de la députation des Gardes Nationaux est beaucoup plus laborieuse. La nomination des députés par les communes a lieu du 10 au 28 fructidor an XII. Après nomination, le préfet du Rhône ne parvient à réunir, malgré la directive, que 14 députés des Gardes Nationales du Rhône. Presques tous sont d’anciens militaires.

 

A Lyon, le prestige de la garde d’honneur municipale, qui refuse de se voir assimilée à la Garde Nationale, est telle que lorsque le préfet du Rhône nomme les députés de cette dernière pour se rendre à Paris afin de prêter serment le jour du sacre, il laisse la place pour trois députés de la garde d’honneur. Ces derniers, conscient de leur position, profitent de leur voyage pour demander au ministre la faveur d’exempter trois gardes d'honneur de conscription pour partir à la suite de l’Empereur.

 

Si les députés  de la Garde Nationale s’organisent rapidement, dès le 3 vendémiaire an XIII, ils se réunissent pour élire leurs officiers et porte drapeau, le préfet a beaucoup plus de mal à s’organiser et inonde Paris de questions : il envoie trois lettres pour savoir si il faut armer les Gardes Nationaux où si ils le seront à Paris, comme il demande, le 5 floréal an XII, si Paris nommera le porte drapeau. A chaque fois le ministère de l’Intérieur réponde en renvoyant aux directives par lui adressées : ainsi, le 19 fructidor an XII, il rappelle au préfet du Rhône sa circulaire qui signale que les députés de la Garde Nationale doivent être équipés, armés et habillés à leur frais. Toutefois dès vendémiaire an XIII et l’élection des officiers de la députation de la Garde Nationale, les choses semblent plus faciles et le 22 brumaire an XIII, le préfet du Rhône est chargé par Hugues B Maret de faire parvenir aux gardes nationaux députés du Léman, du Mont Blanc, de la Drôme, de l’Ardèche, du Vaucluse, des Bouches du Rhône, du Gard, de l’Hérault, de l’Aude et de la Lozère, les lettres, vierges de nom, des invitations au sacre, le jour fixé du sacre ayant été pris au dernier moment. Instauré par cette pratique, préfet de région, le préfet du Rhône s’acquitte de cette tâche avec zèle et célérité, recueillant les remerciements et félicitations des préfets concernés.

 

Ayant reçu leur aigle, les députés de la Garde Nationale du Rhône, reçoivent l’ordre d’être de retour à Lyon le 7 nivôse an XIII.

 

 

 

Les rosaires de l’Empereur

 

         Afin de marquer son couronnement et de le reproduire dans tout les arrondissements de France, Napoléon, le 13 prairial an XII, dote à 600 francs une « fille pauvre et honnête » dans chaque arrondissement dont le mariage aura lieu le jour même du sacre. Dès le 17 messidor, le préfet de l’Ain demande aux sous-préfets de choisir une jeune fille. Le 30 brumaire an XIII, le payeur général des dépenses diverses fait parvenir 4 466 francs au préfet. Une première date est fixée au dimanche 11 frimaire, mais c’est le 25 que les cérémonies ont lieu dans chaque chefs lieu d’arrondissement. Les jeunes filles choisies, entre le 21 messidor an XII et le 2 frimaire an XII sont Anne Rosalie Chapelle de Nantua, Pierrette Picody de Belley, Marie Comte de Montluel, Louise Girin de Bourg. Trois sont des filles de révolutionnaires, marquant idéologiquement le mariage de l’Empire et de la Révolution. Les mariages sont célébrés dans la liesse populaire le 25 frimaire an XIII, au milieu d’une foule enthousiaste, « avec toute la pompe et la magnificence » possible.

 

Dans le Rhône, ce sont les maires qui désignent une ou plusieurs rosaires par commune. Les réponses arrivent à la préfecture entre du 9 messidor an XII au 27 nivôse an XIII. Si 5 rosaires doivent être désignés pour le Rhône, le 16 prairial an XIII, ce sont 8 jeunes filles qui sont désignées : 3 pour Lyon, 1 pour l’arrondissement de Lyon, 1 pour l’arrondissement de Villefranche et 3 pour les communes proches de Lyon. Cette excroissance du nombre de rosaires désignées par le préfet par rapport au nombre initiale servant sans doute à désigner de fait et ouvertement Lyon comme une bonne ville de l’Empire. Le retard avec lequel le préfet envoi sa liste, le 1er messidor an XIII, est sans doute justifié par le fait que les mariages ne seront pas célébrés le jour du sacre mais le jour de la venue de Napoléon à Lyon.

 

 

 

 

 

 

 

Les cérémonies du Sacre dans l’Ain

 

                Alors qu’à Paris, le Sacre monopolise la ville, le département de l’Ain n’est pas en reste. Hormis les mariages des rosaires de Napoléon, des fêtes ont lieu. A Belley, une foule immense est rassemblée et aux acclamations de « Vive l’Empereur », « vive l’Impératrice son auguste épouse » et « vive Pie VII notre souverain pontif », le sous préfet Charcot, fait un discours sur le triomphe de la France. A Bourg, dès 7 heures du matin, des salves de canons, les cloches et les tambours de la Garde Nationale « annonceront la solennité du jour ». A 10 heures, venant de la préfecture, les autorités constituées vont à l’église avec les officiers du 101e de ligne, devancés par les tambours, accompagner la rosaire. A 5 heures et demi du soir, les tambours annoncent l’illumination générale de la ville, et comme à Paris, les fontaines de la place de l’hôtel de ville débitent gratuitement du vin alors qu’un bal s’ouvrent.

 Tous ces députés participent au sacre, comme spectateurs, et rentrent dans le département afin de répandre les fastes et les gloires de l’Empire naissant, déposant par la même le drapeau remis par Napoléon, surmonté de l’Aigle, symbole du pouvoir. De plus, le 8 germinal an XIII, le ministre de l’Intérieur fait passer au préfet de l’Ain, au nom de Napoléon, une médaille d’or, trois médailles d’argent et une médaille de bronze « frappées à l’occasion de son couronnement ». Dans le département, la nouvelle est très bien accueillie. Le 25 frimaire, une assemblée des autorités à lieu dans la grande salle de la Préfecture suivie d’une grande fête. Le 14 pluviôse, « une messe solennelle suivie d’un Te Deum en action de grâce du Sacre et couronnement de sa Majesté l’Empereur » est célébrée à l’église Notre Dame de Bourg.

 

 

 

Si le sacre communique sur l’impérialisme de Napoléon, fils de la Révolution et héritier de la France capétienne, cette cérémonie n’est pas un constat de réussite, comme lui fait comprendre Fouché. En effet, malgré cette manipulation propagandiste dont on retient plus le faste que le fonds, Napoléon n’a pas assît encore convenablement son règne.

Par

 

Jérôme Croyet

 

Docteur en histoire, archiviste adjoint aux Archives Départementales de l’Ain

 

 

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