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La bataille de Charleroi : La situation

La Bataille  de  Charleroi (5ème armée) 21,22 et 23 août 1914

 

  

 

 

 

                                                             

 

Situation

 

 

 

Nos 3e et 10e corps d'Armée étaient arrivés dans l'après-midi du 20 août sur la Sambre.  Le corps de cavalerie Sordet était passé là deux jours plus tôt, mais s'était replié le 20 en arrière de Gosselies et de Seneffe, découvrant ainsi le front des 3e et 10e corps. La 38e brigade du général Rogerie (19e division) formait l'avant-garde du 10e C. A. Elle était arrivée a Fosse vers 10 heures ; le 40e régiment d'infanterie avait aussitôt gagné Floreffe, Franiére, Ham-sur-Sainbre et Auvelais.

 

 

 

 

 

A gauche, le 3e C.A. s'était présenté par divisions accolées : un bataillon du 39e régiment d'infanterie, qui constituait l'avant-garde de la 5e D. I. (général Verrier), était venu occuper Pont de Loup, les trois ponts de Châtelet et Montignies ; le 119e régiment d'infanterie, avant-garde de la 5e D.I. (général Bloch), s'établissait à Marcinelle, à Couillet et à Loverval.Comme on savait l'ennemi très proche, on décidait, le soir, de renforcer la défense.  Deux compagnies du 70e régiment d'infanterie étaient envoyées à Tamines et deux autres à Auvelais pour relever les fractions du 41e régiment d'infanterie qui devaient renforcer nos éléments à Franiére et à Ham. Les deux autres bataillons du 70e régiment d'infanterie s'établissaient, pour la nuit, à Arsimont et au château de Taravisée.

 

 

 

A la droite du 3e corps, un bataillon du 74e régiment d'infanterie prenait position à Aiseau pour appuyer la défense de Pont-de-Loup, qui pouvait être tournée du côté de l'est: Les deux autres bataillons du 74e s'installèrent à Binche et à Joneret. A gauche, le 5e régiment d'infanterie cantonnait à Haies et Bultia. Le gros de nos forces était échelonné en arrière, jusqu'à Philippeville 

 

 

 

Journée du 21 août

 

 

 

La nuit se passa sans incidents. 

 

 

 

Au petit jour, le 21 août, nos reconnaissances de cavalerie ne tardèrent pas à rentrer, annonçant l'approche de l'ennemi.  En effet, des cavaliers parurent, suivis de cyclistes et de fantassins. Ils furent facilement arrêtés à Taurines et à Charleroi ; des prisonniers restèrent entre nos mains, qui appartenaient à la cavalerie de la Garde et aux hussards de la reine Wilhelmine. Mais, à Auvelais et Pont-de-Loup, l'attaque se développait rapidement, et l'artillerie entrait en action. D'une rive à l'autre de la Sambre, la fusillade crépitait.  Le 3e bataillon du 70e régiment d'infanterie descendait d'Arsimont pour renforcer le 2e bataillon à Taurines et à Auvelais.  Nous subissions des pertes, car l'ennemi avait l'avantage du tir plongeant, les hauteurs de la Sarte dominant notre rive d'une trentaine de mètres. Les abords du pont d'Auvelais devenaient intenables sous le feu de l'artillerie allemande.  Le colonel Laroque, commandant le 70e régiment d'infanterie, décida d'évacuer le village et de reporter la défense sur les hauteurs d'Arsinnont.  Le feu de nos compagnies, retranchées à mi-pente d'Arsimont, empêcha les Allemands de déboucher du village.

 

 

 

 Mais la perte du pont d'Auvelais avait eu pour conséquence immédiate la perte  de l'écluse et de la passerelle du charbonnage en aval, et la perte du pont de Tamines en amont. Les fractions du 70e régiment d'infanterie, qui défendaient ces positions, se replièrent par ordre, sans combat.

 

 

 

A 17 heures, l'ennemi occupait la fosse N° 2, au nord-ouest d'Auvelais, ainsi que les maisons aux abords du pont de Tamines. Dés 16 heures, le général Bonnier avait décidé de contre-attaquer, pour rejeter les Allemands au-delà de la Sambre. Il avait envoyé l'ordre au 71e régiment d'infanterie de se porter eu hâte sur Arsimont, et au 48e régiment d'infanterie de se tenir prêt à appuyer l'attaque vers Cortil-Mozet. Le 1e bataillon du 70e était déjà accouru afin de soutenir, à Arsimont, les compagnies retirées de Tamines et d'Auvelais.  L'accablante chaleur était tombée, mais le soleil illuminait encore la vallée. La pente, par un long glacis, descendait vers Auvelais. Sur l'ordre du général, tous nos fantassins mirent baïonnette au canon. Le drapeau déployé, les clairons sonnant la charge, toute la ligne s'ébranla en avant, Alors un violent feu de mitrailleuses balaya le glacis. Beaucoup des nôtres tombèrent. Nous dûmes progresser par bonds successifs, mais l'élan ne fut pas ralenti. Nos troupes atteignaient les premières maisons d'Auvelais et le deuxième charbonnage quand une contre-attaque ennemie menaça notre flanc.  Les unités mélangées du 70e et du 71e  refluèrent sur Arsimont, suivies par l'adversaire, qui marquait son avance par des incendies.  Le 3e bataillon du 48e régiment d'infanterie se sacrifia pour interdire aux Allemands les lisières d'Artimont durant toute la nuit. Cependant le général Bonnier avait lancé l'ordre de repli sur Cortil-Mozet et sur Aisemont.  Dans la vallée, l'ennemi célébrait bruyamment une victoire qu'il n'eût sans doute pas remportée si le général Rogerie avait eu quelques batteries de plus à sa disposition. Sur la droite, en effet, le 1e bataillon du 41e régiment d'infanterie avait repoussé, dans la boucle de Ham, toutes les attaques allemandes.  Mais il reçut l'ordre de se replier à son tour, ainsi que les compagnies du 2e bataillon du 71e régiment d'infanterie qui tenaient le village et la station de Falisolle. Des secours furent demandés en hâte à la 20e division, qui envoya le 1e bataillon du 2e régiment d'infanterie à Aisemont.

 

 

 

Sur le front du 3e corps d'Armée, la situation était à peu prés aussi critique. Un bataillon du 74e régiment d'infanterie et un bataillon du 39e régiment d'infanterie gardaient, à la 5e division, tous les ponts sur la Sambre, de Tamines à Charleroi. Le Commandement semblait avoir compris l'impossibilité de tenir les ponts avec des gros effectifs et d'organiser la défense dans les fonds de la Sambre.

 

 

 

 Il avait prévu différents centres de résistance en arrière, vers Aiseau, le bois au nord de la cote 172, la cote 170, Bouffioulx, la crête au nord de Chamborgneau, les crêtes du Châtelet, celles de Pontde-Loup, et celles de Roselies et de Tergnée sur Aiseau.

 

 

 

Tandis que les alertes se multipliaient devant Châtelet et Charleroi, l'attaque allemande se précisait vers 15 heures en direction de Pont-de Loup. Les compagnies du 39e régiment d'infanterie et une- section de mitrailleuses tenaient l'adversaire en respect. Malheureusement Tamines était tombé. Les Allemands montant d'Oignies sur Menory nous attaquaient à revers. Roselies fut rapidement cerné par eux. La situation semblait à tous perdue. Des éléments du 2e bataillon du 74e régiment d'infanterie résistaient toujours dans Aiseau. Ils furent rejoints à minuit par les 1e et 3e bataillons, qui reçurent l'ordre d'avancer sur Roselies. Nos troupes arrivèrent dans le village sans tirer un coup de feu. Mais les Allemands se ressaisirent. Un violent combat de rues s'engagea, la fusillade fit rage. Le général Verrier envoya au secours du 74e les 1e et 3e bataillons du 129e régiment d'infanterie et le 2e bataillon du 36e.

 

 

Alors que la 5e division se trouvait ainsi aux trois quarts engagée et subissait des pertes graves, la 6e division, à sa gauche, restait encore intacte. Vers 11 heures, le commandant du 3e corps était venu de Nalinnes, et avait prescrit au général Bloch de rassembler sa division par brigades successives. La 12e brigade se trouvait en avant : le 119e régiment d'infanterie était réparti en partie sur la Sambre, en partie à Loverval, et le 5e régiment d'infanterie avait été dirigé sur Haies et Bultia. La 11e brigade allait, à son tour, se rapprocher, quand, vers 16 heures, le général Bloch reçut l'ordre de diriger immédiatement ses deux régiments: les 24e et 28e sur Fontaine-Lévêque, où ils se tiendraient à la disposition du général Sordet. En effet, le corps de cavalerie s'était retiré la veille derrière le canal de Mons à Charleroi.  Mais le 21, vers 10 heures, Pont-à-Celles, sur le Canal, était attaqué, en même temps que les villages de Liberchies et de Luttre. Vers 15 heures,  nous nous retirions des ponts. Mais la 5e division de cavalerie tenait encore les plateaux à l'est de Gouy-le-Piéton, et l'ennemi ne semblait pas faire un gros effort pour les lui disputer. D'autre part, au sud, la 1e division de cavalerie avait dû évacuer Gosselies ; cependant, elle tenait encore le pont de Motte. sur le canal. Le général Sordet ayant alors réclamé un soutien d'infanterie, la 11e brigade lui avait été envoyée.

 

 

 

Plus au sud, le 18e corps d'Armée, débarqué le 19 août dans la région d'Avesnes, s'était avancé le 21 jusqu'à Thuin. Mais il n'avait là qu'une avant-garde : la 35e division était encore échelonnée de Beaumont à Hestrud. Elle ne pouvait entrer en action que dans la journée du 22. En outre, les divisions de réserve venaient seulement de quitter Vervins.

 

 

 

Plus à l'ouest, l'Armée anglaise ne se trouvait encore que dans la région de Landrecies. Des trois divisions territoriales, commandées par le général d'Amade, seules les 81e et 82e étaient en position sur la ligne avancée du barrage Maubeuge-Valeneiennes-Tournai-Lille. Le général Herment était nommé gouverneur de cette dernière place, sur les instances du général d'Amade.

 

 

 

En résumé, dans la journée du 21 août, deux corps seulement de la 5e Armée avaient été engagés : les 3e et 10e C. A. Mais si deux divisions (20e et 6e) étaient encore intactes, les deux autres avaient déjà subi des pertes sérieuses : la division Bonnier ne possédait guère que deux bataillons frais, et il en restait au plus trois à la 5e division. Heureusement, chacun des deux corps d'Armée gardait en réserve une division d'Afrique: la 37e D. I. au 10e C. A. et la 38e D. I. au 3e C. A. Les pertes pouvaient donc être compensées et la situation rétablie. Les ordres de l'Armée, envoyés le 22 aux différents corps pour la journée du 23, prévoyaient qu'on se tiendrait prêt à franchir la Sambre.

 

 

 

En conséquence, les corps d'Armée feraient serrer sur leurs têtes ; le 10e corps organiserait la position Fosse-Vitrival-Sart-Eustach; le 3ecorps occuperait une position lui permettant de s'opposer au débouché de l'adversaire, soit par Charleroi, soit par Châtelet; le 18e corps (12e régiment d'infanterie) tiendrait la position Thuin-Gozée-Ham-sur-Heure. Les ponts ne seraient gardés que par des postes ayant seulement mission d'arrêter les incursions de cavalerie : ils ne seraient solidement occupés qu'au moment de l'offensive. Le général Lanrezac ignorait alors qu'il n'était (hélas!) plus question de tenir les ponts. Les renseignements arrivaient mal ou n'arrivaient pas à son Quartier Général.

 

 

 

Faute d'ordres précis, les divisions allaient s'user avec des contre-attaques stériles.

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E
Une erreur s'est glissée dans l'article, il faut lire "Tamines" et non "Taurines"
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