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historique du 138 Régiment d'infanterie (RI)

Historique

Localisation

Titre 138e [cent-trente-huitième] régiment d'infanterie. Historique. Campagne contre l'Allemagne (1914-1918)
Langue Français
Publication Limoges, imp. A. Bontemps : 1920
Description 48 p. -In-8
Notes La couverture porte le titre : Historique du 138e régiment d'infanterie...
Sujet Guerre mondiale 1914-1918. Unités. France. 138e Régiment d'infanterie
Exemplaire 1  
        Cote et fonds MAGASINSB
  O pièce 13276
        Communicabilité : Communicable, Prêt entre bibliothèques : oui, Non prêtable, Non reproductible.
   
  Bibliothèque de documentation internationale contemporaine. Nanterre, Hauts-de-Seine

 

JMO

Batailles

Le Front entre Meuse et Vosges (12 au 19 août 1914)

LA JOURNEE DU 27 SUR LA MEUSE       

 

Que s'était-il passé le long du montant de la potence dans la journée du 27 août ?

 

  Un événement fâcheux s'était produit en face du I7e corps: dans la matinée, un régiment de réserve avait laissé les Allemands commencer le passage à Autrecourt, en aval de Mouzon. Le I7e corps, ayant porté sa 34e division (général Alby) au nord pour seconder l'effort du 11e corps, et sa 33e division (général de Villeméjane) se trouvant réduite à une brigade depuis l'affaire du bois de Luchy, s'est trouvé dans une position difficile. Cependant, celle des Allemands est également précaire et une vigoureuse offensive aurait, sans doute, raison des faibles forces qui passent sur ce point (XVIIIe corps). Mais la manœuvre sur le bois de la Marfée absorbe toutes les ressources: ce qui reste du I7e corps compte sur le 12e corps; celui-ci, occupé devant son propre front, lui cède cependant un régiment d'infanterie et de l'artillerie lourde. Cependant la

 

journée se passe: l'ennemi se développe sur la rive gauche. Le lendemain, 28, on le trouvera en forces sur ce point.

 

  Les Allemands avaient profité, pour passer devant Mouzon, des débris d'un pont de bateaux insuffisamment détruit et, en plus, ils eurent recours à leur affreuse tactique de faire marcher des civils devant eux. La défense du pont de Mouzon était confiée au capitaine de l'Estoile (descendant de Pierre de l'Estoile, contemporain de Henri IV).

 

Dans la matinée du 27, vers 9 heures, sa compagnie se battait sur le pont et refoulait les remiers avant-postes ennemis. Vers midi, on vit s'avancer une colonne composée de femmes, d'enfants,

 

de vieillards, de prêtres. Les Français hésitaient à tirer. Une fusillade partit du côté ennemi: le capitaine de l'Estoile tomba frappé à mort. Un sergent fit signe aux civils, qui se

 

dispersèrent ou se couchèrent. Mais la troupe allemande avait gagné les approches du pont.

 

La compagnie française dut se replier. Le capitaine de l'Estoile et le lieutenant Robinet étaient restés sur le terrain.

 

 Le 12e corps (général Roques) s'était trouvé, un moment, partagé entre divers devoirs: appelé vers le nord par le I7e corps et résolu à le soutenir, il avait, cependant, à faire face à l'est pour empêcher l'ennemi de se saisir de Mouzon. Celui-ci, ayant passé la Meuse à Remilly, puis à Villers-devant-Mouzon, se développait vers le sud et menaçait de couper le 17e corps du 12e corps. Un combat assez vif s'engagea dans la région des bois de Raucourt ; l'ennemi fut contenu.

 

  Les artilleries se canonnaient d'une rive à l'autre. Le soldat était influencé par les coups longs de l'artillerie lourde allemande. Les renseignements d'aviateurs annonçaient que les masses ennemies s'épaississaient sur les deux rives de la Meuse.

 

  Du centre, ou se trouve placé le 12e corps, on juge bien du caractère de la bataille. Tandis qu'avec le 9e et le 11e  corps, on voudrait agir vers le nord, on est obligé aussi de veiller sur les débouchés de la Meuse, face à l'est. Ainsi, la bataille se disloque et elle se complique encore: If du fait des secteurs formés par les détours de la rivière qui cachent le passage de l'ennemi ; 20 du fait des passages mêmes qui, accomplis sur plusieurs points, quoique de minime importance, donnent au soldat l'impression qu'il est tourné.

 

  Cependant, dans la soirée du 27 août, le 12e corps qui fait la soudure entre les corps du nord et ceux du sud, a gardé toutes ses positions, de Raucourt à Beaumont, et son quartier général est à La Besace.

 

  Sur le front du corps colonial, qui garde la Meuse au sud du 12e corps, un de ces passages à la dérobée est tenté, dans la nuit du 26 au 27, par l'ennemi, à Martincourt: c'est un des endroits les plus sinueux et, en même temps, les plus accessibles de la rivière. L'ennemi (Vie corps) a jeté un pont de bateaux et il lance ses éléments vers Luzy et Cesse. Le bruit se répand qu'il a tourné par les bois de Jaulnay. Le corps colonial (2e division, général Leblois) faisait connaître qu'il allait

 

se trouver obligé de rétrograder vers l'ouest, quand une vigoureuse intervention du 2e corps (général Gérard) reprend Cesse et contient l'ennemi sur la rivière. Cette belle opération, accomplie par la 87e brigade (général Cordonnier) est appuyée par la 2e division coloniale qui reprend Luzy ; mais celle-ci s'étant laissée entraîner par son ardeur, dut se replier par ordre sur les hauteurs qui dominent la rivière.

 

  L'union du corps colonial et du 2e corps s'affirme dans le cours de cette journée.

 

L'ennemi avait tenté le passage de la Meuse de vive force. Il avait, pendant la nuit, réparé le pont de Stenay, établi des passages en face des villages de Cesse, de Luzy, ainsi que dans la région Martincourt, Inor, Pouilly.

 

Partout il est contenu ou repoussé. Notre artillerie, qui tire de la clairière de Beaufort, à l'ouest des bois, lui fait beaucoup de mal. Le combat, très violent, va jusqu'à l'attaque à la baïonnette au cimetière de Cesse. Les pertes de l'ennemi sont considérables.

 

  La nuit se passe sans incidents. Les coloniaux restent maîtres de la forêt de Jaulnay.

 

  L'ennemi, ainsi contenu à la droite de la 4e armée, n'a pu étendre son action au sud de Stenay. La 3e armée, qui est en liaison sur ce point avec la 4e armée, peut donc apporter à celle-ci un concours efficace.

 

  Le général de Langle réclame cet appui et le général Ruffey le lui apporte. Une division du 4e corps, venant de Romagne, se mettra, dans la nuit, aux ordres du général Gérard (2e corps) pour appuyer sa contre-offensive.

SUITE ET FIN DE LA BATAILLE DE LA MEUSE (28 AOUT)                     

 

Avec ces combats, c'est-à-dire ceux de la 52e division de réserve sur Hannogne et du 11ème corps dans les bois de la Marfée, nous reprenons l'exposé de la bataille de la Meuse proprement dite, ou l'armée de Langle de Cary fait face au XIXe corps saxon et à toute l'armée du duc de Wurtemberg.

 

   Le combat du bois de la Marfée, si bien commencé par le succès de Bulson, le 27, fait, en quelque sorte, le raccordement entre la  bataille de Signy-l'Abbaye et la bataille de la Meuse: le 11ème corps qui la livre est placé, en effet, à l'articulation du bras et du montant de la potence, en face du débouché de Sedan.

 

    On sait le prix que le général de Langle attache à ce qui se passe dans cette région. Il a prêté au 10 corps (général Eydoux) l'appui de la 52e division de réserve (général Coquet), de la 60e  division de réserve (général Joppé) et, en plus, il a donné ordre à une brigade du 17e corps, et même à un détachement du 12e corps, de remonter le long de la Meuse pour prêter main-forte au 11e corps.

 

    C'est surtout pour ces forces, vraiment imposantes, qu'est rédigé l'ordre exprès de rejeter l'ennemi dans la Meuse,  « coûte que coûte ». Les troupes, fières de leur succès de la veille, respirent l'enthousiasme, malgré l'état d'épuisement ou les ont mises huit jours de combat et de marches incessantes.

 

    Pour le 28, on confie l'effort principal à la 21e division (général Radiguet), qui débouchera à droite de Chaumont-Saint-Quentin sur Noyers et Thelonne, en direction de la presqu'île d'Iges. A sa gauche, la 21e division est appuyée par la 52e division de réserve qui attaque droit sur le pont de Donchery par Sapogne et Hannogne. En soutien, la 22e division (général Pambet) a deux régiments sur Chéhéry-Chaumont-Saint-Quentin : le reste en réserve. La 60e division de réserve prend l'offensive sur Pont-Maugis, en face de Sedan.

 

    L'artillerie du corps, renforcée par plusieurs batteries appartenant au j7e corps, est installée entre Chaumont-Saint-Quentin et Bulson.

 

  Tirant au-dessus de la 2Me division, elle arrête toutes les forces qui cherchent à déboucher sur la crête du bois de la Marfée et bouleverse les tranchées que l'ennemi a creusées pendant la nuit. L'ennemi répond par une formidable préparation d'artillerie et arrose copieusement tous les emplacements des divisions françaises.

 

    Au début de la journée, quelques incidents fâcheux se produisent: une brigade du 17e corps, qui devait soutenir l'offensive du 11e corps, supporte mal la canonnade ennemie et, se portant vers l'ouest, traverse en écharpe le champ de bataille ; la 52e division de réserve a subi de longs retards: quand elle arrive à Hannogne, elle est arrêtée par la canonnade ennemie. Enfin, les têtes de colonne du 12e corps d'armée qui arrivent à l'aide vers 11 heures et débouchent sur la région de Raucourt, sont soumises par l'ennemi, qui a passé la Meuse entre Remilly et Villers-devant-Mouzon (XVIIIe corps), à un formidable tir de barrage de 105 et i50, qui les empêche de progresser.

 

  La bataille, qui s'élargit sur tout le coude de la Meuse, paraît hésiter un moment.

 

  Mais, suivant l'ordre exprès du général de Langle de Cary, qui s'est transporté sur le terrain, vers Bulson, l'offensive est reprise à 15 h. 30 avec l'aide de la fraction recueillie du 17e corps d'armée.

 

  L'artillerie ouvre un feu très vif sur les tranchées allemandes de la crête bois de la Marfée-Noyers. Toutes les troupes se portent en avant ; une charge du 65e et du 293e chasse l'ennemi du bois de la Marfée. Le bois est réoccupé. Le 64e, de son côté, reprend la crête jusqu'à Noyers. Le* 93e se porte sur Pont-Maugis, seul point de la rive gauche ou l'ennemi paraît vouloir tenir encore.

 

  La 60e division de réserve est entrée, à son tour, dans le bois de la Marfée et a pris contact avec la 22e division.  « Je me souviens, écrit le capitaine Colin, de l'état-major de la 60e division, de l'enthousiasme qui animait les troupes.

 

Au 202e, le lieutenant-colonel Cigna fit déployer le drapeau, lui fit rendre les honneurs et donna

 

le signal de la contre-attaque. »

 

  La contre-attaque se développe avec une telle ardeur qu'elle finit par atteindre la Meuse à Pont-Maugis. Mais, là, l'ennemi s'était fortifié dans les usines. Il fallait du canon pour le déloger et il faisait nuit noire. « Nous avions tous, écrit encore le capitaine Colin, l'impression d'un beau succès, et c'est avec une confiance joyeuse pour le lendemain que le général et son état-major allèrent à Chevenges pour y passer la nuit. »

 

  La 22e division, qui a coopéré à la bataille, s'avance et se met en ligne pour achever l'offensive le lendemain. N'oublions pas que la 17e division (Dumas) du 9e corps, est là, à Boulzicourt, impatiente d'action et qu'elle offre d'apporter son concours sur la gauche.

 

Tout promet la victoire complète, c'est-à-dire l'ennemi rejeté dans la Meuse, dont il ne tient plus que le bord.

 

  Mais, vers 22 heures, on reçoit l'ordre de l'armée qui, conformément aux instructions du Grand Quartier Général, ordonne la retraite immédiate dans la direction de Vendresse. Tous les rapports s'accordent à dire combien il fut pénible aux troupes d'abandonner un terrain si chèrement reconquis. On obéissait, mais avec le sentiment d'avoir maîtrisé la volonté de l'adversaire.

 

  Le 11e corps se repliait sans difficulté, l'ennemi ne songeant nullement à le poursuivre et, malgré les difficultés d'une marche de nuit éclairée par les villages en feu, conservait un admirable moral. L'ordre du jour du 22 septembre I9I5 devait attester bientôt sa brillante conduite dans ces belles journées du bois de la Marfée.

 

  Pour ces journées, précisément, nous avons un témoignage allemand qui confirme les données émanant de source française : c'est celui d'un sous-officier du 69e régiment de réserve appartenant à la 15e division du Vlle corps de réserve (général von Egloffstein).

 

   « Vendredi 28 août. - Le combat reprend à 8 heures. Le bataillon se rassemble au sud de Sedan. Très violent combat d'artillerie; on emporte les blessés. De l'artillerie lourde passe devant nous et commence une violente canonnade. A midi, le XVIIIe corps attaque l'ennemi en flanc (par Remilly) et c'est sur notre ligne que porte le combat. - Combat de Noyers, 28-29 août. Après qu'on eut reconstitué une compagnie avec les débris des compagnies du bataillon, nous repartons, une fois reposés, pour reprendre position dans le combat... Le régiment no 17 a de grosses pertes. Ronde d'officiers. Découragés. A 6 h. 30 nous repartons et prenons position contre l'ennemi face au sud-est sur les hauteurs que les Français ont abandonnées. On n'entend plus le canon que rarement... »

 

  En effet, la retraite française, par ordre, a commencé. Mais on voit, par ce témoignage précis, dans quel état physique et moral les combats du 27 et du 28 avaient mis les soldats et même les officiers de l'armée allemande.

 

  La situation n'est pas aussi brillante au 17e corps (général Poline). Ce corps, si éprouvé, ne s'est remis ni de ses pertes du début de la campagne, ni du désarroi qui en est résulté.

 

De ses. deux divisions, la plus nombreuse et la plus solide, la 34e (général Alby), a reçu l'ordre de coopérer à l'offensive du 11e corps que nous venons de raconter. Nous avons vu les résultats un peu incertains de cette intervention. La 33e division, réduite à une brigade, (général de Villeméjane) est en liaison avec le I2e corps: l'objectif qui lui est attribué vise la Meuse à l'est de Raucourt dans la direction de Mouzon. Après avoir subi des pertes considérables, les troupes du 17e corps ne réussissent pas à prendre pied, le matin, dans les bois à l'est de Raucourt. Cependant, la 66e brigade (général Fraysse) a reçu l'ordre de tenir à Villers-devant-Raucourt. Elle prend l'offensive sur Raucourt même. Le village est brillamment enlevé. On attaque la lisière du bois Cogneux, tandis que le 12e corps s'en prend aux hauteurs de Flaba. Un instant on a espéré un succès plus décisif. L'artillerie coloniale soutient énergiquement l'offensive. En fin de

 

journée, il serait possible de rester en contact sur le front Maisoncelle-Huttes-de-Raucourt ; mais l'ordre de l'armée prescrit de se reporter en arrière. Le corps se retire sur Tannay.

 

 

 

  Nous avons déjà fait observer que le 12e corps français (général Roques) (1) se trouvant au centre de la bataille avait un rôle double, et par conséquent difficile, en raison du proverbe, applicable surtout à la guerre:

 

« Qu'on ne court pas deux lièvres à la fois. »  Le centre de ce corps est en avant de La Besace. Nous avons vu certains de ses éléments s'étirer au nord, vers Maisoncelle-Bulson, pour, selon les ordres de l'armée, venir en aide au Ire corps dans sa tentative

 

sur la presqu'île d'Iges. Nous en avons vu d'autres se joindre aux formations du 17e corps pour arrêter l'ennemi entre Maisoncelle et Raucourt. Mais, comme le I2e corps est obligé de s'opposer en même temps pour son propre compte aux tentatives ennemies sur la Meuse, de Mouzon à Inor, il doit surveiller tous les méandres de la rivière et faire face à la fois au nord, à l'est et au sud. Aussi, dès la première heure, il se trouve engagé à la fois dans trois actions, vers Raucourt, vers Yoncq et vers Jaulnay ; il lui est impossible de se rendre compte  de quel côté se produira l'effort principal de l'ennemi. Notons, cependant, que le 12e corps peut compter jusqu'à un certain point sur l'intervention de la partie du  corps colonial tenue en réserve devant Le Chesne par le commandement de l'armée.

 

  Les ordres donnés au corps sont les suivants: la 24e division (général Descoings), n'ayant pu pousser la veille son attaque au delà de Raucourt-Flaba, se portera, le 28 août, dès la première heure, sur Moulin-de-Grésil, la 47e brigade sur La Belle-Epine, et le détachement Rabier sur Yoncq, c'est-à-dire que le corps fait une sorte de demi-cercle dont La Besace est le centre.

 

  La bataille traîne dans la matinée. Mais, vers le milieu de la journée, l'artillerie lourde ennemie est renforcée. Elle tire de partout, de Villers-devant-Mouzon, de Mouzon, d'Inor, grimpée sur les falaises et les redans de la rivière (XVIIIe corps de réserve et VIe corps actif). Ce tir acharné ébranle le soldat. Il y eut alors, dans ce brave 12e corps, de véritables heures de découragement.

 

  A I3 heures, le secteur nord du demi-cercle qui combat de Raucourt à Yoncq perd pied. Il abandonne La Belle-Epine et se replie sur Yoncq et La Besace. On porte tous les éléments disponibles autour de Stonne vers Yoncq, pour maintenir la liaison avec le I7e corps.

 

Dune façon générale, le recul du 12e corps se fait du nord au sud, dans la direction Stonne-Beaumont. Mais le général Roques engage alors la 47e brigade. Elle est dirigée de Yoncq sur Villemontry et la Meuse. Elle progresse dans le bois de l'Hospice, en chasse l'ennemi et couche sur ses positions à La Hannoterie, région d'Yoncq, et elle y est soutenue par une vigoureuse attaque de la 48e brigade.

 

  Dans l'ensemble, la journée se traduit à la fois par un échec et par un succès : échec à gauche sur La Besace, succès à droite sur Yoncq, succès qui maintient les contacts avec la rivière. De ce côté, l'ennemi avait beaucoup souffert. On affirmait que certaines unités avaient dû se replier au delà de la Meuse.

 

  Aussi, l'ennemi ébranlé ne poursuit pas son succès, même vers La Besace; le terrain n'est à personne les officiers de cavalerie du 12e corps peuvent, dans la nuit, retourner à La Besace, resté inoccupée. Ils revinrent en disant à l'état-major « Aucune raison de battre en retraite... » Mais l'ordre de la retraite générale était arrivé.

 

  Voyons les choses du point de vue allemand :

 

« Le pont sur la Meuse, à Mouzon, non loin de Sedan, avait été détruit par les Français. Nos braves pionniers en avaient construit un autre sous le feu de l'ennemi. Nos bataillons l'avaient traversé; ils avaient pénétré dans l'étroite vallée de Yoncq et avaient fait l'assaut des Hauts-de-Meuse autour de Yoncq. Ce fut le plus pénible, le plus dur de nos combats en France.

 

   D'une hauteur, en face de la vallée (évidemment sur la rive droite), nous voyions des parties de la bataille.

 

  Mouzon, avec sa belle église à deux clochers, était devant nous; la ville était intacte. Soleil magnifique; horizons bleus et vaporeux.

 

  Cependant, de l'autre côté de la Meuse, on voyait continuellement les flocons blancs des shrapnells, on entendait l'éclatement des obus. Notre infanterie grimpait avec peine au flanc des pentes, accueillie par une grêle de fer. Une brigade environ de cavalerie à l'abri d'une colline se tenait prête à entrer dans la bataille. Les Français avaient pour but de nous attirer dans l'entonnoir de Yoncq: mais nos chefs savent mener un combat; ils s'abstiennent de nous y engager. Le combat est surtout un duel d'artillerie. Tout à coup nos troupes et même nos cavaliers, malgré leur abri, sont pris à parti par l'artillerie française. On n'en revenait pas d'une telle portée et surtout d'une telle précision.  Il y a quelque chose de louche... On grimpe au clocher de Mouzon et on y trouve un capitaine d'artillerie français qui, en toute sécurité, au moyen d'un téléphone souterrain renseignait l'ennemi sur nos mouvements. C'était de bonne guerre. On ne peut que s'incliner devant un tel courage. Une fois ce capitaine enlevé, le feu désespérément exact de l'artillerie française cessa.

 

   Les hauteurs de Yoncq furent prises après de durs combats et les pertes furent lourdes des deux côtés (2). »

 

  Il y a peu de chose à dire du corps colonial. Réduit, comme il l'était, après les combats de Tintigny-Rossignol, il est employé en partie comme réserve par le général de Langle et porté rapidement sur les points ou ses éléments peuvent être utiles ; en partie, il vient en aide au 12e corps pour la défense de la région de Mouzon. L'ennemi, en effet, rudement ramené la veille par la reprise de Cesse et de Luzy, ne ré-attaque pas, le 28, dans la direction de Stenay-Beaumont.

 

   La 2e et la 3e divisions sont mises à la disposition du général de Langle, la 2e division à Belle-Tour, la 3e division à Belle-Volée.

 

   Toute l'artillerie disponible appuie, soit le 17e corps à Flaba, soit le 12e corps entre Beaumont et La Thibaudière-ferme.

 

  Beaumont est le lieu du combat qui préluda à la bataille de Sedan en 1870. Ce souvenir excite l'enthousiasme allemand. Mais le caractère des événements est tout autre, cette fois.

 

L'armée française s'est dégagée et, en manœuvrant pour préparer de nouveaux combats, elle tient tête et fait subir de rudes pertes à l'ennemi.

 

  L'artillerie du corps colonial participe à l'énergique contre-attaque du 12e corps sur les bois de Yoncq et de l'Hospice. Elle écrase de son feu les formations allemandes qui ont pénétré dans ce bois, et c'est certainement cette canonnade qui fait faire aux Allemands les tristes réflexions mentionnées plus haut.

 

L'infanterie française, qui a réoccupé les bois, y a cerné et pris une batterie de mitrailleuses.

 

  L'ennemi étant contenu sur la Meuse en amont de Stenay, le rôle du 2e corps est encore plus réduit que celui du corps colonial. La 7e division du 4e corps d'armée (général de Trentinian) avait été mise à la disposition du général Gérard si l'on décidait une offensive commune de ce côté. Mais les ordres de l'armée avaient fait renoncer à cette offensive en raison du projet de retraite ordonné par le Grand Quartier Général et, d'autre part, les Allemands avaient porté tout leur effort vers le nord. La journée se réduisit donc à une canonnade sans importance. L'ennemi (armée du kronprinz) se tient sur l'autre rive de la Meuse.

 

  On reçoit, à 21 h. 15, l'ordre général de l'armée portant que la 4e armée se repliera dans la nuit sur la ligne de l'Aisne, en vue de préparer l'offensive dans une nouvelle direction. La 7e division est rendue à la 3e armée.

 

 

 

CONSEQUENCES TACTIQUES ET STRATEGIQUES DES BATAILLES DE LA MEUSE

 

La   bataille de la Meuse prenait fin le 28 à minuit, par la volonté expresse du haut commandement français. Au point de vue tactique, comme au point de vue stratégique, le succès avait justifié l'initiative prise par le général de Langle de Cary. Malgré les difficultés que présente la défensif d'une rivière, surtout d'une rivière sinueuse, basse et munie de ponts nombreux, l'ennemi, s'il avait pu franchir la Meuse, avait été contenu partout sur ses bords.

 

  L'armée française, occupant les hauteurs de la rive gauche, avait bravement combattu ; sur

 

plusieurs points, elle avait emporté de remarquables succès. Dés opérations tactiques, brillants, avaient été accomplies, notamment à Donchery, à la Marfée, à Yoncq, à Beaumont, à Luzy et Cesse. Les pertes allemandes avaient été extrêmement lourdes et, pour la première fois sur ce terrain, l'ennemi avait senti sa confiance s'ébranler.

 

  La 4e armée, malgré les rudes épreuves qu'elle avait subies dans les journées des Ardennes, s'était ralliée à la voix de ses chefs et elle avait prouvé ce qu'elle valait. Le général de Langle de Cary était en droit de constater  que ces deux jours de bataille procuraient, dans leur ensemble, le résultat qu'il avait cherché : les Allemands étaient arrêtes sur la Meuse et la 4e armée obtenait un succès qui devait entraîner, les jours suivants, les plus heureuses conséquences.

 

 

 

  En effet, les conséquences stratégiques n'allaient pas tarder à se dégager.

 

 

 

 

(1)     Composition du 12e corps (de Limoges) : 23e division (Angoulême) : 63e et 78e, de Limogcs (45e brigade); I07e et 138e, d'Angoulême et Bellac (46e brigade) ; 21e d'artillerie. Et 24e division (Périgueux) : 50e régiment de Périgueux et 108e de Bergerac (47e brigade); 100e de Tulle et 126e de Brive (48e brigade) ; 34e d'artillerie. Artillerie de corps: 52e régiment.

 

(2) Carnet de route de Karl Freiherr von Berlepsch, Ein Jahr an beiden Fronten (Une année sur les deux fronts), p. 46.

Témoignages

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